Une journée dédiée à une figure emblématique de la littérature algérienne s’est tenue le 24 janvier 2026 à la Cité internationale de la langue française, à Villers-Cotterêts. Organisée conjointement par la Cité internationale de la langue française et le Groupe de Réflexion sur l’Algérie (GRAL), et à l’initiative de Lyazid Benhami, président du GRAL, cette journée de colloque a été consacrée à l’œuvre de Kateb Yacine, l’un des écrivains algériens les plus influents du XXᵉ siècle.
Chercheurs, écrivains, docteurs, historiens et passionnés se sont réunis autour de cette figure centrale pour penser l’Algérie contemporaine, ses langues et ses héritages.
La journée a été inaugurée par Monsieur Paul Rondin, directeur de la Cité internationale de la langue française, aux côtés de Monsieur Lyazid Benhami, président du GRAL.
Dans son discours d’ouverture, Paul Rondin a rappelé les grandes lignes de la mission de l’institution, qui vise à valoriser non seulement la langue française, mais également les cultures francophones. Il a souligné l’importance historique de Villers-Cotterêts comme lieu fondateur de l’histoire de la langue française, tout en évoquant la place essentielle des langues arabes dans l’histoire de France, à travers les échanges commerciaux, les influences culturelles et l’immigration.
« Depuis cinq siècles, les langues arabes ont façonné le paysage linguistique français », a-t-il rappelé, soulignant la nécessité de célébrer cette richesse en intégrant les voix arabes au dialogue culturel contemporain.
Lyazid Benhami a ensuite pris la parole en mettant en lumière l’importance de Kateb Yacine dans la réflexion contemporaine. Dans un monde en perpétuelle évolution, où les enjeux identitaires et culturels demeurent centraux, la pensée de l’écrivain résonne avec une acuité singulière. Par son engagement et la profondeur de son œuvre, Kateb Yacine offre, selon Benhami, “des clés essentielles pour appréhender les défis actuels de la société. Il incarne une lutte pour la dignité et une voix pour les marginalisés”. C’est dans cette perspective que le GRAL a souhaité organiser ce colloque : “rendre hommage à un écrivain emblématique, stimuler les discussions autour de son héritage littéraire et politique, et encourager une relecture de son œuvre à la lumière des problématiques contemporaines”.
Kateb Yacine n’est pas seulement un écrivain du passé ; son œuvre se situe au carrefour de l’histoire, de la littérature, du politique et du populaire. Elle constitue un point d’entrée incontournable pour comprendre la complexité de l’Algérie moderne et la place de la langue française dans cette dynamique.
« L’œuvre de Kateb Yacine parle encore aujourd’hui, car elle s’inscrit dans une réalité où l’Algérie doit faire face à ses héritages multiples. Elle est le miroir du mariage des cultures qui ont façonné l’histoire littéraire algérienne. »
En s’installant symboliquement à la Cité internationale de la langue française, Kateb Yacine est « chez lui », dans un espace qui permet de dialoguer avec l’histoire tout en projetant sa voix dans le présent.
Un pont entre les générations. Cette journée de colloque a également permis un dialogue intergénérationnel. De jeunes écrivains ont pris la parole pour témoigner de l’influence de Kateb Yacine sur leur propre travail littéraire. La nécessité de réinterpréter son œuvre à travers des prismes contemporains a constitué un axe fort des échanges, les intervenants soulignant combien la richesse de ses écrits offre des pistes pour repenser les structures sociales et politiques actuelles.
La journée consacrée à Kateb Yacine à la Cité internationale de la langue française a ainsi dépassé le cadre d’un simple colloque. Elle a été un moment de rencontres, d’échanges intellectuels et de célébration d’une œuvre vivante, qui continue d’influencer les esprits et les cœurs. Kateb Yacine, par son regard lucide sur les enjeux de son temps, rappelle à toutes les générations d’écrivains, d’artistes et de penseurs que l’écriture est un acte de résistance et un appel à la justice.
Tout au long de la journée, anthropologues, chercheurs, écrivains, journalistes, poètes, dramaturges et acteurs de théâtre se sont succédé pour explorer les multiples facettes de l’œuvre de Kateb Yacine.
Dans cette continuité, Mohamed Kacimi, écrivain et dramaturge, accompagné au oud par le musicien Brahim Tayeb, a clôturé la journée par une lecture intitulée Kateb en scène.