Lei 17 décembre 2025, Paris a été témoin d’un événement marquant, la soirée spéciale Algérie organisée par OpenWord. Cet événement, qui a rassemblé des personnalités de premier plan, a mis en lumière les enjeux cruciaux de la relation franco-algérienne.
Parmi les invités pour lancer la soirée figuraient Lyazid Benhami Président du GRAL (Groupe de Réflexion sur l’Algérie) et Co-fondateur du Collectif Citoyen France Algérie ainsi que l’historien Benjamin Stora. Cette soirée, placée sous le signe du dialogue et de la réconciliation, a offert des perspectives nouvelles sur l’histoire complexe entre les deux nations.
Ouverture de la soirée par Claude Fischer Herzog. La soirée a débuté par une présentation passionnante de Claude Fischer Herzog, Directrice des Entretiens Européens et Eurafricains ainsi que Présidente d’OpenWord. Avec un discours qui a souligné l’importance des rencontres interculturelles comme catalyseurs de compréhension et de paix. Dans un contexte où les relations entre la France et l’Algérie sont souvent marquées par des tensions, elle a appelé à l’ouverture d’un dialogue sincère et à la nécessité d’affronter ensemble le passé pour construire un avenir commun.
L’intervention de Lyazid Benhami: C’est ensuite Lyazid Benhami qui a pris la parole, abordant la question de l’évolution de la relation franco-algérienne. Pour lui, cette relation est bien plus qu’un simple enjeu diplomatique ; elle est le reflet d’un travail mémoriel essentiel pour l’avenir. Dans son discours, Benhami a insisté sur le fait que l’histoire entre ces deux pays est chargée de blessures profondes, et que la compréhension mutuelle nécessite un effort collectif pour reconnaître et contextualiser ces mémoires.
Une Relation Chargée d’Histoire pour Lyazid Benhami, « La relation entre la France et l’Algérie n’est pas une relation comme les autres », a-t-il affirmé. Les cicatrices laissées par la guerre d’Algérie, ainsi que les injustices qui se sont perpétuées depuis, continuent d’alimenter les tensions. Selon Benhami, cette dynamique est exacerbée par les non-dits et les silences qui entourent des événements historiques cruciaux. Il a martelé que le “travail mémoriel” est une exigence démocratique. Nommer les injustices, reconnaître les souffrances, et contextualiser le passé sont des étapes indispensables pour apaiser les relations.
L’intervention de Benhami a mis en lumière quelques enjeux clés :
1. Reconnaissance des Mémoires : La nécessité de reconnaître toutes les mémoires impliquées dans le récit historique, y compris celles qui ont été marginalisées ou instrumentalisées.
2. Dialogue Constructif : La promotion d’un dialogue constructif pour dépasser les crispations actuelles. Cela nécessite de briser le silence autour des sujets sensibles.
3. Éducation et Sensibilisation : L’importance d’inculquer une meilleure compréhension de l’histoire complexe aux générations futures, afin qu’elles ne soient pas prisonnières des erreurs du passé.
Benhami a également évoqué le besoin de plateformes qui encouragent le rapprochement et les échanges culturels, contribuant ainsi à transformer les malentendus en opportunités de collaboration.
Benjamin Stora : Une Voix Également Importante et une leçon d’histoire sans tabous. Benjamin Stora, quant à lui, a également participé à cette discussion essentielle. En tant qu’historien engagé, il a souvent plaidé pour une approche similaire à celle de Benhami. Stora a mis en avant le besoin d’un juste équilibre entre mémoire et réconciliation, tout en soulignant que la connaissance de l’histoire est cruciale pour éviter les répétitions des erreurs passées. Son travail a été fondamental pour éclairer les réalités complexes de la colonisation et de l’indépendance algérienne, et il continue d’inspirer des réflexions sur la façon de naviguer dans les tensions contemporaines.
L’historien a ensuite partagé son expertise, enrichissant le débat d’une analyse historique approfondie. Sa présentation a été marquée par une volonté de ne pas éluder les questions délicates et d’aborder les faits avec franchise. Il a rappelé par des actes et des faits historiques que l’Algérie, en tant qu’entité, existait bien avant la colonisation. Il a ainsi défié les idées reçues, dont certaines affirment que l’Algérie n’avait pas d’existence propre avant l’intervention française.
Il est essentiel que ces dialogues continuent à se multiplier, ouvrant ainsi la voie à des échanges constructifs et renforçant les liens entre les peuples. Un tel chemin nécessite courage et détermination, mais il est fondamental pour garantir que la mémoire collective ne se limite pas à des récits de conflits, mais ouvre la porte à une cohabitation sereine et fortifiante.
Les frontières héritées de la colonisation. Stora a également évoqué les frontières algériennes héritées de la colonisation et son analyse des régences de l’empire ottoman, notamment celle d’Alger, de Tunis, de Syrie, de Palestine et d’Irak. Il a offert un cadre historique essentiel tout en posant la question ” pourquoi aujourd’hui on ne parle que de l’Algérie “ alors que l’empire Ottoman s’élargissait au delà de l’Algérie.
Sur la question de l’invasion française. Stora a posé la question cruciale : « Pourquoi parle-t-on aujourd’hui uniquement de l’Algérie ? ». Il a rappelé les motivations de l’invasion française, notamment l’endettement de la France après la Révolution, qui l’a poussée à envahir l’Algérie sous prétexe de libérer son peuple du joug Ottoman. Stora a rappellé un fait historique: La régence d’Alger avait prêté de l’argent à la révolution française qui était endéttée et qui ne pouvait pas rembourser ce qui l’avait motivée à envahir l’Algérie. Ce point de vue historique, souvent négligé, met en lumière les raisons complexes qui ont conduit à cette guerre et à ses conséquences tragiques.
Enfin cette soirée a non seulement permis d’évoquer des questions essentielles autour de la mémoire et de la réconciliation, mais a aussi offert une plateforme pour des échanges significatifs. L’engagement de personnes tels que Lyazid Benhami et Benjamin Stora est crucial pour éclairer le passé et favoriser une compréhension mutuelle. À travers la reconnaissance des souffrances et un dialogue honnête, la France et l’Algérie peuvent aspirer à une relation fondée sur le respect, la mémoire partagée, et l’avenir commun.
Cela rappelle que l’histoire ne doit pas être un poids, mais plutôt un levier pour bâtir des relations pacifiques et constructives entre les peuples. Les leçons tirées de cette soirée doivent inciter à poursuivre les réflexions et à encourager les interactions culturelles, dans le but de renforcer les liens entre la France et l’Algérie dans les années à venir.